Un objectif réel, des conditions manquantes
La PPWR fixe un objectif de 10 % de contenu recyclé pour les plastiques alimentaires autres que PET d’ici 2030. Cela concerne directement une large partie des emballages alimentaires : barquettes PP, films PE, pots PS, opercules multicouches.
Personne ne conteste l’intention environnementale. Intégrer de la matière recyclée dans les emballages plastiques est une priorité de la transition vers l’économie circulaire. Le problème n’est pas l’objectif. C’est le chemin entre l’objectif et la réalité opérationnelle. Ce chemin comporte trois verrous distincts, et aucun n’est sur le point d’être levé.
Les trois verrous que personne ne formule ensemble
Verrou 1 : le cadre réglementaire EFSA
Pour intégrer du plastique recyclé dans un emballage en contact alimentaire, le matériau doit être approuvé par l’EFSA au titre du règlement CE 1935/2004. Ce n’est pas une formalité : c’est une évaluation toxicologique complète qui prend entre trois et cinq ans, avec un dossier détaillé sur le procédé de recyclage, la qualité du flux entrant et les risques de migration de substances indésirables.
Les seuls procédés vraiment approuvés aujourd’hui concernent le PET recyclé issu de bouteilles transparentes, essentiellement les bouteilles d’eau. La logique est simple : le flux est contrôlé et homogène, le produit eau ne présente pas de risque de contamination croisée, le dossier était faisable. Dès qu’on sort de ce cas précis, la complexité explose.
Verrou 2 : le gisement de matière
Même si l’EFSA approuvait demain de nouveaux procédés pour le PP, le PE ou le PS, la question du gisement resterait entière. Les filières de recyclage de ces résines en plastique souple ou rigide sont très récentes en France et en Europe. Les volumes collectés, triés et valorisés sont encore très faibles. Et la qualité des flux entrants est hétérogène, ce qui complique encore les dossiers EFSA.
Avoir l’autorisation réglementaire sans la matière disponible ne résout rien. Les deux conditions sont nécessaires simultanément.
Verrou 3 : le mass balance
Certains avancent la solution du mass balance avec un certificat ISCC+ comme réponse à ces deux premiers verrous. Il faut comprendre ce que c’est réellement : un système de comptabilité de chaîne d’approvisionnement. Il certifie qu’une certaine quantité de matière recyclée est entrée quelque part dans le système de production et qu’un « crédit » correspondant est attribué à un produit.
Cela ne signifie pas que les molécules recyclées sont physiquement dans cet emballage. Ce n’est pas une approbation sanitaire EFSA. Les deux systèmes n’ont rien à voir et ne se substituent pas l’un à l’autre. L’ISCC+ ne lève pas le verrou réglementaire de l’EFSA.
Ce que ça signifie concrètement : des fournisseurs de matériaux reçoivent aujourd’hui des cahiers des charges 2030 avec des exigences de contenu recyclé pour des emballages alimentaires PP, PE ou PS. Ces fournisseurs n’ont littéralement aucun procédé approuvé EFSA à proposer en réponse. Ce n’est pas qu’ils manquent de volonté. C’est que les conditions réglementaires et industrielles préalables ne sont pas remplies, et ne le seront probablement pas d’ici 2030 pour toutes les résines concernées.
Ce que le PPWR reconnaît lui-même
C’est le point qui mérite d’être lu attentivement : le PPWR prévoit lui-même une exemption à l’obligation de contenu recyclé quand celui-ci entrerait en conflit avec la réglementation sur les matériaux en contact alimentaire.
Cette exemption est dans le texte. Elle est intentionnelle. Et elle signifie que les rédacteurs du règlement avaient conscience du conflit entre l’objectif de contenu recyclé et le cadre EFSA existant.
En pratique, les rédacteurs ont prévu une exemption là où une coordination réglementaire aurait été nécessaire. L’intention environnementale est bien présente dans le texte. La cohérence entre règlements, elle, n’y est pas.
Ce n’est pas une petite note de bas de page. C’est la reconnaissance implicite que l’objectif de 10 % pour les plastiques alimentaires autres que PET en 2030 pourrait ne pas être atteignable dans les conditions réglementaires actuelles. L’exemption est là pour éviter que l’objectif crée une non-conformité automatique dans des cas où la solution technique n’existe pas encore.
Ce que ça change pour votre stratégie matière
Emballages PET en contact alimentaire
La situation est meilleure mais pas sans risque. Les procédés approuvés EFSA existent (essentiellement les procédés SuperClean sur bouteilles PET transparentes). Le gisement est réel mais sous tension. L’objectif de 30 % en 2030 est ambitieux mais techniquement faisable, à condition de sécuriser le sourcing tôt. La concurrence pour ce gisement va s’intensifier considérablement d’ici 2028-2029.
Emballages PP, PE, PS en contact alimentaire
L’objectif de 10 % en 2030 est dans une zone d’incertitude réelle. Sans levée du verrou EFSA sur des procédés adaptés et sans développement de filières de recyclage à volume suffisant, la conformité stricte sera difficile à atteindre pour certaines résines. Documenter dès maintenant les obstacles réglementaires et les démarches engagées est essentiel pour justifier le recours à l’exemption si nécessaire.
Emballages plastique hors contact alimentaire
Situation plus favorable. Les objectifs de 35 % en 2030 sont plus atteignables car il n’existe pas de barrière EFSA. Les filières de recyclage pour le plastique rigide non alimentaire sont plus matures. Le sourcing de matière recyclée certifiée doit être mis en place dès 2026-2027 pour sécuriser les volumes nécessaires avant la pression de 2029-2030.
Ce que ce cas révèle sur la PPWR
L’objectif de contenu recyclé dans les emballages alimentaires plastiques illustre un problème structurel du règlement : des ambitions fixées sans vérification systématique de leur faisabilité au regard des autres réglementations sectorielles européennes en vigueur.
Ce n’est pas un problème propre à la PPWR. C’est un problème de coordination entre des règlements produits par des équipes différentes, à des moments différents, sans vision transversale. Le règlement sur les matériaux en contact alimentaire et le règlement sur les emballages n’ont visiblement pas été construits ensemble.
Pour les industriels, la conclusion pratique est claire : ne pas attendre 2029 pour constater que l’objectif n’est pas atteignable. Documenter maintenant les verrous réglementaires rencontrés, engager des échanges avec les fournisseurs sur leurs plans de développement, et suivre de près les évolutions de la liste EFSA des procédés approuvés. Ce sont ces éléments qui permettront de démontrer la bonne foi de l’entreprise et de se prévaloir de l’exemption si la conformité stricte est impossible dans les délais.
Sources : Règlement (UE) 2025/40, Article 7. Règlement (CE) 1935/2004 sur les matériaux en contact alimentaire. Registre EFSA des procédés approuvés de recyclage plastique. Guidance Commission européenne du 30 mars 2026. Contenu fourni à titre informatif, non constitutif d’un avis juridique.
Photo de couverture : Nareeta Martin sur Unsplash